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Agenda Programme

35 ans du Café des Images avec Jean Douchet (critique, essayiste, historien, cinéaste)

Date de l’événement

Dimanche 6 avril 2014

Description

Intervention au colloque « Pour vous, qu’est-ce que le cinéma? » – 35 ans du Café des Images

Jean Douchet, monument de la critique et grand passeur de cinéma rencontre beaucoup de cinéastes qui sollicitent son avis. « Je donne un avis mais je fais en sorte qu’on ne m’écoute pas » ironise-t-il, des remarques en « peut-être que.. « , ça suffit. »

Qu’est-ce que le cinéma ? C’est pour Jean Douchet chercher à représenter, à saisir « qu’est-ce que c’est que la vie en train de vivre ». La vie est là mais jamais elle ne se donne. Avant 1895 et la naissance du cinéma, jamais la vie n’avait été prise en direct. Le cinématographe, c’est cette mécanique capable de saisir la vie : c’est un drap sur lequel se promène la vie, même si ce n’est que l’illusion de la vie. Et il y a de multiples façons de regarder la vie en train de vivre et Jean Douchet se propose de nous montrer celle classique d’entre les classiques : le début de Règlement de comptes. En Allemagne, Fritz Lang est immensément respecté, c’est l’homme que le führer aurait aimé nommer à la tête de son cinéma. Lorsqu’il émigre aux Etats-Unis, il est sous la coupe des producteurs et doit se montrer humble. Mais comme il est très fier, il décide de se montrer le plus humble des humbles et c’est sous une apparente neutralité qu’il cache la virtuosité de sa mise en scène.

Carole Desbarats et la salle vont alors demander à Jean Douchet de commenter en direct son extrait. Comme il a su si bien nous faire participer à la fabrication de la création des six plans du procès de Furie ou au début de M. le maudit, Jean Douchet accepte de se lancer dans le commentaire en direct de tout ce que l’on peut voir de la volonté d’un cinéaste dans une séquence de cinéma :

Le 1er plan est celui d’un revolver. Le public attend un film policier et Lang lui propose l’objet parfait du genre : un revolver, mais posé sur un sous-main qui indique que l’on n’est pas dans n’importe quel milieu. Dans le second plan, la main entre dans le champ et se saisit du revolver. Lang exécute la volonté du spectateur de voir l’arme entrer en action et c’est comme s’il lui faisait saisir l’arme pour enclencher le drame qui s’effectue off. Le spectateur entend le coup de feu avant de voir le corps s’écrouler, il distingue alors clairement l’insigne du policier et la lettre posée devant lui.

Classiquement, après le coup de feu, une femme alertée descend les escaliers. Elle se fige pourtant et reste immobile avec l’horloge verticale à l’arrière-plan. Le public reconnaît alors peut-être l’actrice tragique qui jouait Lady Macbeth dans le Macbeth de Welles. Lang joue sciemment de cette dureté puisqu’il donne au personnage le nom de madame Duncan. Alors qu’elle se fige, Lang a déjà cadré le mort. Et, en faisant alors entrer l’actrice dans le champ lors du plan suivant, suggère que c’est elle qui, loin d’être entraînée par le tragique de la situation, va mener le jeu. Son entrée dans le champ masque la lumière et le contre-jour alors généré laisse supposer une action obscure. Elle se saisit de la lettre et prend soin de fermer le rideau avant de téléphoner. On est en 1953 et il est loisible d’y voir une allusion aux dénonciations du maccarthysme tout comme l’appel à l’homme de main du gangster, alors en robe de chambre avant de se diriger vers la chambre de son patron, peut laisser planer un doute sur une homosexualité latente.

Jean Douchet allait alors amorcer son analyse de la seconde séquence lorsqu’il constate, désolé comme nous, qu’il ne peut déborder davantage sur son temps de parole.