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Agenda Programme

35 ans du Café des Images avec Patrick Leboutte (critique, spécialiste du cinéma documentaire, essayiste)

Date de l’événement

Samedi 5 avril 2014

Description

Patrick Leboutte promet de faire bref, lui pour qui le record en matière d’intervention courte est de 2h07… Il reprend à Fernand Deligny l’idée que le cinéma c’est le geste de filmer avec une caméra. L’objet film, l’idée du cinéaste metteur en scène de son film, l’intéresse moins que la beauté du geste de filmer. Le cinéma c’est ce geste plus que l’objet final, le film. L’obligation d’avoir un objet final est dû au cinéma commercial. Il n’y a qu’au cinéma que l’acte de filmer dérive du produit fini. Un musicien compose et non musique ; un peintre peint et non tableaute, un sculpteur sculpte et non statufie….

Le cinéma, c’est le moment où quelque chose surgit. C’est ce qui arrive en plus de ce que l’on avait préparé. C’est surtout du moins : moins de lourdeur, moins d’équipe technique, moins de découpage… c’est le regard caméra qui intervient en plus dans Monika, c’est la brune d’Adieu Philippine qui se met soudainement à danser. Elle le fait pour Rozier en dehors de son personnage. Voilà ce qui arrive après deux mois de tournage. Le cinéma c’est la trace de ce qui arrive au cinéaste qui a alors l’art de mettre en forme ce qui arrive, c’est le geste cinématographique.

Après l’extrait du début de Et la vie (Denis Gheerbrant,1991) Patrick Leboutte s’interroge : est-ce qu’il y a besoin de faire cinq ans d’IDHEC pour ça ? Pour promener sa caméra à gauche quand survient un passant puis à droite quand arrive une voiture ou même avoir la chance que voiture et passant sortent du cadre en même temps ? Que voit-on ? Qu’en Belgique il ne fait pas beau. C’est le personnage qui va venir au secours du cinéaste. Ce Jean-Luc voit que le cinéaste a besoin de lui. Il va prendre soin du cinéaste. Il y a de l’écoute, il va parler et tout va se déposer. « C’est nous le peuple » dit Jean-Luc « On est dans un sale état ». Le cinéaste permet ce nous, il y a de la coprésence. Gheerbrant met en forme de ce qui vient d’arriver. Il contre le capitalisme qui veut nous soustraire du nous car là, ce qui remonte en nous, c’est de l’humain. Avec la coprésence, nous sommes réunis 1+1=3.

Denis Gheerbrant, présent dans la salle est très ému et ne sait quoi ajouter : « Tu m’as coupé l’herbe sous le pied » dit-il à Patrick Leboutte.