Présentation

Le prologue présente la famille Nonomya dans le cadre d’un entretien de sélection pour l’entrée dans une école primaire prestigieuse. La séquence permet de souligner le caractère traditionnel de la famille dominée par le père et d’introduire la question de la reconnaissance paternelle qui traverse le film.

Activités
– Analyser la manière dont les Nonomya sont présentés comme un modèle de famille traditionnelle : motifs, attitudes, cadrage.
– Comment se manifeste la dissymétrie entre Ryota et son fils Keita au cours de l’entretien ?



Une famille modèle

Le film s’ouvre sur un carton noir accompagné de sons hors-champ (bruits et dialogue) de l’entrée en salle d’entretien, imposant d’emblée un climat protocolaire. La première image montre une photo d’identité familiale : Ryota, Keita, Midori, alignés dans un ordre hiérarchique transparent (père / fils / mère), vêtus de noir, parfaitement symétriques. Cette composition sera reprise dans le plan suivant pour témoigner de l’unité familiale et du souci de conformité au attentes sociales.

En redoublant la composition photographique précédente, le second plan multiplie les motifs relatifs à l’ordre et à la discipline : point de vue frontal, espace géométrique, tableau rectangulaire à l’arrière-plan et moquette à motif de damier. L’attitude des trois personnages est révélatrice du modèle de la famille traditionnelle incarné par les Nonomya : les mains posées sur ses genoux écartés témoignent de l’assurance de Ryota, dont l’attitude est imitée par Keita tandis que Midori, mains croisées sur les cuisses, affiche un maintien modeste. L’effet de distance et d’enfermement de la famille, filmée en plan moyen, est renforcé par l’usage d’un objectif grand-angle, qui assure la netteté de l’image dans la profondeur du champ et élargit la perspective du cadre. La scène témoigne de la tension des parents lors du rituel de présentation récité par cœur par Keita, jusqu’à leur discret sourire de soulagement à son issue. Ces quelques plans condensent ce que le film ne cessera ensuite de fissurer : la façade lisse du foyer bourgeois, son ordre silencieux, et la violence contenue du modèle qu’il impose.

Père et fils

Au cours des deux champs contrechamp suivants, montrant en alternance les examinateurs et Ryota, interlocuteur privilégié en tant que chef de famille, celui-ci met l’accent sur ses dissemblances avec son fils, en indiquant la douceur de Keita empruntée à Midori et une indifférence à l’échec préoccupante. Le réalisateur suspend le dispositif de cadrage frontal au profit d’un plan de profil de Ryota, dans un raccord à 90° au téléobjectif, dont la faible profondeur de champ, laissant Midori en amorce, témoigne visuellement de sa prééminence au sein de la famille. Ce choix de cadrage crée aussi un effet de mise en valeur d’une parole à dimension intime témoignant de la déception de Ryota vis-à-vis de l’absence d’ambition de Keita, dont il croira trouver l’explication dans leur absence de lien biologique.

Fils et père

Très significativement, lorsque que l’on passe ensuite sur l’enfant, répondant à la question sur sa saison préférée, Kore-Eda opte pour l’exact symétrique. Par le jeu de raccord entre ces deux plans, Ryota regardant vers la gauche du cadre, puis Keita vers la droite, le montage donne l’impression d’un nouveau rapport champ / contrechamp où les deux personnages se regardent et se font face, alors qu’ils continuent en réalité de s’adresser aux recruteurs devant eux dans la pièce. Par cette mise en confrontation père / fils inattendue dans la succession des plans, le réalisateur prend ici le risque d’une déstabilisation du spectateur, à la limite du faux raccord. Au cours de ce face-à-face virtuel, Keita répond à la déception de son père à son égard, par l’expression de son amour et de son admiration : « il est très fort ! ». Ce hiatus en forme de jeu de miroir entre le fis et le père introduit l’enjeu dramatique majeur du récit dont la résolution finale, aussi profonde que bouleversante, confirme l’inscription de Tel père, tel fils dans la tradition remarquable du mélodrame japonais.