Fiche technique

Titre : La Traversée
France – 2021 – 1h24
Réalisation : Florence Miailhe
Scénario et dialogues : Marie Desplechin et Florence Miailhe
Musique : Andrea Moisa et Philipp Kümpel

Synopsis
La Traversée est un film d’animation en peinture sur verre qui aborde l’exil à travers le parcours initiatique de deux enfants, Kyona et Adriel, fuyant un régime totalitaire après le massacre de leur famille. Leur périple à travers des paysages hostiles et des rencontres contrastées illustre les épreuves des migrants et la résilience face à l’adversité.

PRÉPARATION DE LA SÉANCE

Florence Miailhe

Florence Miailhe est peintre et réalisatrice de films d’animation. Formée aux arts plastiques, elle développe une pratique singulière de l’animation fondée sur la peinture animée, où chaque image est transformée à partir de la précédente. Elle réalise plusieurs courts-métrages remarqués, parmi lesquels Hammam(1991), Au premier dimanche d’août (2000), primé au Festival d’Annecy, ou encore Conte de quartier (2006), qui témoignent de son intérêt pour les récits intimes, le mouvement des corps. Avec La Traversée, son premier long-métrage, elle prolonge ce travail en s’appuyant sur des récits inspirés de l’histoire de sa mère, Mireille Miailhe, peintre reconnue. Le film articule ainsi mémoire personnelle et histoire collective à travers un dispositif fondé sur la transformation picturale des images, où le geste de peindre devient le vecteur d’une expérience sensible de l’exil.

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Pistes d’observation

Le carnet de dessins
Le prologue s’organise autour du carnet de dessins de Kyona, à la fois personnage principal et narratrice. À partir de l’analyse de cette séquence, déterminer le rôle que joue ce carnet dans le récit.

Entre histoire et fiction
À travers l’attaque du village et le parcours des enfants, le film évoque des situations de persécution et d’exil. Repérer les épisodes qui font référence des réalités historiques ou contemporaines.

Un conte initiatique
Relever les figures et motifs caractéristiques (personnages, épreuves, éléments du merveilleux) qui inscrivent le film dans le registre du conte.

ANALYSE DU FILM

Mémoire et transmission

Dans La Traversée, le dessin constitue le support d’une mémoire à la fois personnelle et familiale. Le carnet de croquis occupe à cet égard une place centrale. Il joue d’abord le rôle d’une archive, qui conserve la trace d’un monde disparu à travers les visages, les lieux et les scènes du quotidien. En ouvrant et refermant le récit, le carnet est aussi un support de transmission qui en organise la restitution. Enfin, il constitue un objet artistique par lequel Kyona, qui le conserve précieusement tout au long du récit, met en forme son expérience en transformant ses souvenirs en images expressives.Ce carnet s’inspire des dessins de la mère de la réalisatrice, la peintre Mireille Miailhe, ce qui confère à La Traversée une dimension autobiographique. Le travail de Florence Miailhe résonne ainsi avec celui de la narratrice du film : il s’agit de transmettre une mémoire et de la recomposer pour la rendre partageable.

Exil et persécution : entre histoire et fiction

Sans situer son récit dans un contexte historique précis, La Traversée renvoie à des épisodes de l’histoire européenne, en particulier aux violences antisémites et aux déplacements forcés de populations. L’attaque du village par une milice xénophobe, la stigmatisation des villageois comme une population nuisible, ainsi que les scènes de pillage et d’incendie évoquent les pogroms qui ont marqué l’Europe de l’Est au début du XXe siècle, et plus précisément les persécutions vécues par les grands-parents de Florence Miailhe lors de la révolution de 1917. En recourant à une forme stylisée, le parcours des enfants — de la fuite à l’enfermement dans un camp de rétention — fait ainsi écho aux persécutions passées comme aux migrations contemporaines. L’exil de Kyona et Adriel devient ainsi l’allégorie d’une expérience historique récurrente, celle de populations contraintes de fuir la violence et de survivre ailleurs.

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Un conte initiatique

En adoptant la forme intemporelle du conte, La Traversée s’écarte du réalisme pour proposer une évocation de l’exil à valeur universelle. Séparés de leurs parents, les deux enfants traversent une série d’épreuves selon une logique de récit initiatique, qui mobilise des motifs caractéristiques. Les personnages rencontrés prennent les traits de figures protectrices ou malveillantes, et certains épisodes convoquent des références clairement identifiables : la cage dorée dans laquelle les époux della Chiusa enferment les enfants, dans une logique d’appropriation, évoque la maison de la sorcière dans Hansel et Gretel. À l’inverse, le personnage de Baba Yaga inscrit explicitement le récit dans un imaginaire issu des contes d’Europe de l’Est, avec ses forêts et ses visions mystérieuses. Le motif récurrent de la pie, compagne discrète et bienveillante des enfants, s’inscrit aussi dans le registre du merveilleux. Le récit se structure enfin autour du passage des saisons, qui marquent les étapes du parcours géographique et personnel des personnages selon une logique chromatique et symbolique.

Ressources complémentaires

Dossier CNC
Occitanie films : Site pédagogique sur le film
 Xbo films : making of

Crédits

Textes et réalisation : Renaud Prigent / Édition : Café des Images avec le soutien de Normandie Images