Elephant Man | Fiche pédagogique interactive

Fiche technique

Réalisation : David Lynch
Scénario : David Lynch, Christopher De Vore et Eric Bergren
Image : Freddie Francis
Musique originale : John Morris
Etat-Unis – 1981 – 2h05

Interprétation
John Hurt : John Merrick
Anthony Hopkins : Frederick Treves
Freddie Jones : Bytes

Synopsis
A Londres, en 1884, le docteur Treves découvre dans un cirque un monstre dénommé John qui présente de très graves difformités crâniennes. La neurofibromatose dont il est atteint étant réputé incurable, le docteur Treves le soustrait aux mauvais traitements que lui inflige Bytes, “son propriétaire”, en le recueillant clandestinement au grand hôpital de Londres.

PRÉPARER LA PROJECTION

David Lynch

Né en 1945 dans le Montana, David Lynch s’engage dans des études de peinture avant de réaliser Eraserhead (1976), mettant en scène un fœtus monstrueux dans un univers de cauchemar donnant lieu à d’étonnantes expérimentations plastiques et sonorres. Conquis par ce film, le réalisateur et producteur Mel Brooks confie à David Lynch la mise en scène de Elephant Man (1980), de facture plus classique, mais où le jeune cinéaste parvient à imposer son esthétique et ses obsessions, notamment la déformation du corps et le questionnement des apparences. Son œuvre met en scène un monde miné par des forces obscures agissant sous le vernis de l’American way of life, au sein d’une mise en scène en rupture avec les codes de la narration classique, comme Blue Velvet (1986), Lost Highway (1995) ou Mulholland Drive (2000). Artiste complet, son travail s’étend aux mondes de la télévision, de la musique, de la peinture, du design. Il a ainsi signé une série devenue culte, Twin Peaks (1990-91), et expose son travail de peintre et plasticien.

Ressources complémentaires
Transmettre le cinéma : biographie de David Lynch
David Lynch : la genèse d’Elephant man

Monstruosité et Humanité

Les termes «monstre» et « monster » dérivent du verbe latin monstrare (« montrer ») désignant ainsi étymologiquement la créature hors norme comme un objet désigné à l’attention. Au cours de son histoire, le cinéma a fait une large place aux altérations et aux transformations des corps, dans tous leurs états et sous toutes leurs formes possibles, de la plus ordinaire à la plus spectaculaire. Le genre fantastique a ainsi multiplié les intrigues dans lesquelles créatures hybrides ou individus diminués physiquement se retrouvent projetés au cœur de tous les enjeux, déplaçant et problématisant la frontière entre monstruosité et humanité, comme l’illustrent notamment Freaks (Tod Browning,1932), Frankenstein (James Whale,1931) et Edward aux mains d’argent (Tim Burton, 1990).

Ressources complémentaires
Elephant Man : qu’est ce qu’un monstre ? – La Philo des écrans

Pistes d’observation

Réalisme et fantastique
La mise en scène du film confère une dimension fantastique à l’évocation réaliste du parcours douloureux de L’Homme-éléphant. Relever les scènes et les éléments formels qui s’inscrivent dans le registre fantastique au cours du récit.

Le regard en question
L’Homme-éléphant fait l’objet d’une grande variété de regards entre compassion et fascination trouble. Analyser le regard des différents personnages sur John Merrick en relevant notamment l’ambivalence du chirurgien Treves à son égard.

La mise en scène du monstre
L’apparition de John Merrick est volontairement retardée au cours du film au profit d’évocations hors-champs. Analyser les motivations de cette mise en suspens et de la représentation indirecte du personnage au début du film.


ANALYSER LE FILM

Entre réalité et cauchemar

« Le problème humain allait de pair avec la recherche formelle. Le problème était de ne pas tomber dans la complaisance et, en même temps, de donner toute sa dimension fantastique à ce drame. » David Lynch
Si le film revendique par un carton introducteur l’authenticité du récit de John Merrick au sein d’une narration classique, il introduit pourtant dès son singulier prologue une dimension fantastique. Le film est effet encadré par deux scènes oniriques convoquant la figure maternelle : la première évoque l’origine de la monstruosité de John et la seconde emprunte au merveilleux pour exprimer un message d’apaisement à sa mort. Le cauchemar de John au milieu du récit juxtapose par ailleurs images traumatiques et évocation expressionniste d’ateliers sombres où les hommes travaillent comme des esclaves. La bande-son participe pleinement à la création de l’atmosphère angoissante qui baigne le film : le bruit sourd des machines scande un récit qui associe la malformation de John Merrick et les corps malmenés par la société industrielle de l’époque.

Questions
– Relever les motifs formels qui confèrent au prologue un caractère cauchemardesque.
– Quels sont les éléments qui introduisent le thème de l’hybridation homme-animal ?

Le regard en question

Elephant Man est un film essentiellement centré sur le regard et sur les ambiguïtés de la monstration. Objet de répulsion et de curiosité, John Merrick suscite des réactions contradictoires que Lynch s’attache à mettre en évidence. L’intérêt du chirurgient Treves obéit ainsi à des motivations diverses : compassion, pulsion voyeuriste, curiosité scientifique, ambitions honorifiques coexistent chez le personnage, avant que ne s’affirme clairement son amitié envers l’Homme-éléphant. L’ambiguïté de cette relation est clairement évoquée par la figure de Bytes, son double négatif, quand l’ignoble forain affirme qu’ils se comprennent bien : « il n’y a pas que l’argent ! » À cet égard, les interrogations nocturnes de Treves témoignent de l’ambivalence de son rapport à Merrick : quelle est la part de désir de possession et de fascination morbide dans les motivations du chirurgien humaniste ?
Cette volonté de mettre en scène la complexité du désir humain sans manichéisme est par ailleurs exprimée dans la mise en parallèle de la curiosité brutale des classes populaires, qui le torturent avec une excitation d’ordre sexuel, et de la curiosité distinguée des gens de la bonne société guidée par des intérêts mondains.

Questions
– Quels sont les motifs qui définissent la fête foraine comme un monde alternatif au cours du parcours de Treves ?
– En quoi les créatures exhibées annoncent-elles l’Homme-éléphant ?

La place du spectateur

Dans le premier tiers du film un élément de mystère va être utilisé pour maintenir le spectateur en haleine : la révélation du physique de Merrick, que le spectateur ne découvre qu’après trente minutes de film. Cette apparition retardée du personnage est ponctuée par deux scènes où on lui demande de se lever pour s’offrir au regard des personnages en le soustrayant à celui du spectateur : d’abord comme monstre dans la cave de Bytes puis comme phénomène médical devant un amphithéâtre de médecins. Ce choix manifeste la volonté de Lynch de désigner Merrick comme la victime d’une mise en spectacle auquel il refuse d’associer le spectateur. Merrick ne lui sera montré qu’en deux circonstances successives : comme un personnage terrorisé par l’intrusion d’une infirmière puis comme un être sensible et intelligent. « On ne voit vraiment John Merrick », dit Lynch, « que lorsqu’on a eu le temps de s’attacher à lui. Il fallait arriver à dépasser les apparences, car c’est là le problème de fond, cette distorsion entre l’apparence et la réalité.  » Il parvient ainsi à poser tout au long du film la question de notre rapport à la différence, par la mise en évidence des réactions suscitées par le « monstre ».

Questions
– Pourquoi Elephant Man n’est-il montré au spectateur qu’en ombre chinoise au cours de la conférence de Treves ?
– Quels éléments permettent de comparer ce spectacle scientifique au numéro de Bytes lors de la scène de révélation de Merrick à Treves ?

Ressources complémentaires

  Cinéma Parlant : fiche pédagogique
  Revue Agon : L’entrée en scène de la monstruosité dans Elephant Man de David Lynch
 LAAC Auvergne Rhône-Alpes : analyse de la séquence de la soirée théâtrale
 Site Analyses de séquences : analyse du prologue
  Forum des Images : regards croisés sur Freaks et Elephant Man
  France Tv : Elephant Man, l’histoire tragique de Joseph Merrick
  France Culture : Philosopher avec David Lynch

Texte : Youri Deschamps | Coordination éditoriale : Renaud Prigent | Publication : Café des Images / Normandie Images
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