Présentation de la séquence

Le film débute par la présentation de Théodore, écrivain public utilisant son talent littéraire et sa sensibilité pour l’écriture de lettres intimes.

Pistes d’analyse
– La mise en scène de la soltitude mélancolique de Théodore.
– Théodore et le virtuel : jeu vidéo et souvenirs amoureux.




Solitude et mélancolie

La séquence met en scène la solitude de Theodore le long du parcours qui le conduit de son travail à son appartement. L’ascenseur, la rue et le métro l’inscrivent ainsi au sein d’une foule anonyme d’individus connectés à leurs oreillettes, dont les regards ne se croisent pas. Seuls sa veste rouge et sa place au milieu du cadre assurent la visibilité à l’écran du personnage qui, la tête résolument baissée, participe au modèle global de comportement de la vie urbaine contemporaine. Le deuxième plan de la séquence, une contre-plongée en plan général sur Los Angeles, accompagne ainsi par un élégant panoramique la démarche solitaire du personnage au sein de l’harmonieux ballet des passants indifférents sur fond d’immeubles gigantesques.

Le caractère mélancolique et autocentré du personnage est par ailleurs souligné par le traitement de la bande-sonore en son subjectif* comme expression de sa coupure du monde extèrieur :
– Theodore n’est réceptif à aucun des messages que lui adresse sa boîte vocale : à part le message d’Amy auquel il prévoit de répondre plus tard, il rejette toutes les propositions : promotion, prévision météo ou nouvelles du monde.
– la musique qui rythme la séquence relève d’une douce mélancolie qui évoque l’état d’esprit du personnage tout en colorant la perception d’un mode de vie contemporain comme lieu d’une ultramoderne solitude.
Ce thème est par ailleurs décliné par l’enchainement de compositions spatiales et de motifs significatifs :
– sa démarche ballante dans l’immense hall désert et froid de son immeuble filmé en grand angle et dans le couloir de son étage.
– l’entrée dans son appartement dessinant un surcadrage orange, répété par l’aménagement de sa cuisine, suggère son enfermement dans une vie routinière : Théodore est représenté comme une ombre dans un décor fonctionnel, siliencieux et vide.
– les trois chaises disposées en cercle sous un abat-jour japonais symbolisant l’absence de vie sociale.
—————-
* Le son subjectif se définit par un ancrage sonore correspondant à la perception interne d’un personnage visible à l’écran (voix de la conscience, hallucination, focalisation de l’attention auditive sur un bruit).

Monde virtuel

La scène suivante montre Théodore en train de jouer à un jeu vidéo en 3D qui se présente comme une métaphore explicite du personnage, dont l’avatar sans visage reproduit les mouvements. Théodore s’acharne en vain à gravir une forêt montagnarde virtuelle dans une course immobile précédant le renoncement final. Le décor du jeu se superpose au salon jonché de cartons de déménagement comme pour témoigner du cours suspendu de sa vie. En crise d’identité, recroquevillé sur lui-même et déconnecté du réel, le personnage de Théodore ne trouve dans le monde virtuel du jeu vidéo qu’un reflet insatisfaisant d’une vie qui patine.




Figures du deuil affectif

La scène suivante révèle par un flash-back que la mélancolie du personnage fait suite à la rupture avec sa compagne Catherine. La scène témoigne de la complicité et de la tendresse de cette relation révolue, période d’idylle représentée en lumière naturelle manifestant l’omniprésence de la couleur orange : canapé, lampadaire, nappe, habits suspendus ainsi que son T-shirt. Cette couleur est également très présente dans le présent du personnage (l’entrée de son hôtel, le mur chez lui), pour évoquer son incapacité à surmonter cette rupture amoureuse.

Ces flash-back contribuent à définir la personnalité affective de Théodore : Catherine le surnomme « lapin » et lui demande un « câlin ». Plus tard dans le film, Isabelle le comparera à un « chiot » à qui on a envie de faire des câlins : il est ainsi associé par ces femmes à un petit animal fragile et mignon, un homme doux et sensible incarnant un type de virilité alternatif. On remarquera à cet égard que le seul objet d’intérêt du personnage durant son parcours dans le métro sont les photos d’une actrice nue et enceinte. Ce désir pour le corps féminin se focalise sur une femme à la fois absente (elle n’est qu’une image), inaccessible (elle est une starlette) dont la grossesse renvoie à un désir de famille. Ce fantasme de paternité sera évoqué dans le film lorsqu’il regarde Catherine un bébé dans les bras, joue la maman dans le jeu video d’Amy ou encore passe du temps avec sa filleule de 4 ans. Ces images renvoient donc conjointement à la frustration sexuelle du personnage et à son désir de construire une cellule familiale.

La deuxième scène de flash-back nous présente Catherine essayant de l’étrangler pour rire (« I love you so much I’m gonna fucking kill you »), avant que le nous retrouvions immobile dans son lit, comme une image de la mort affective d’un personnage encore endeuillé par cette relation brisée. Petit à petit, cette séquence de présentation du personnage le présente donc à la fois comme esseulé, un peu perdu, habité voire hanté par le souvenir d’une rupture au caractère mortifère.