Présentation de la séquence

Samantha explique avec douceur à Theodore son inévitable départ en dépit de son amour pour lui. Cette scène de rupture a un effet réparateur sur Theodore qui écrit une lettre à Catherine et invite Amy à le rejoindre sur le toit de l’immeuble.

Pistes d’analyse
– La rupture avec Samantha : une mise en scène onirique
– La libération de Théodore : l’utilisation du montage parallèle

Une rupture douce

La scène de rupture entre Samantha et Theodore relève du registre élégiaque d’un dialogue intime exprimant à la fois la douleur de la séparation et la permanence des sentiments entre les deux amants. La mise en scène manifeste l’émotion sincère de Theodore : le lit comme lieu d’expression de l’intériorité, la prépondérance des gros plans de visage et le ton de confidence du dialogue au son d’une musique de piano mélancolique. Les paroles apaisantes de Samantha jouent à cet égard le rôle d’une leçon de vie pour Théodore en insistant sur la persistance du sentiment amoureux au sein d’une séparation motivée par son trajet personnel : « Je te sens encore en moi », dit Samantha.



Un espace imaginaire

La scène s’inscrit au sein d’un espace onirique : un fondu enchainé transforme les particules de poussière en neige, le jour en nuit , et nous donne à voir Theodore marchant dans une forêt, sous la neige, pleurant et enlaçant le corps fantasmé d’une Samantha sans visage . Ce moment « imaginaire » convoque plusieurs motifs antérieurs :
– la séquence d’errance sous la neigne à l’issue de la présentation de Watts qui se terminait par la contemplation désolée d’un arbre coupé. En substituant au motif de l’arbre coupé celui d’un arbre majestueux au bout du chemin nocturne, la mise en scène manifeste que la relation avec Samantha est inscrite de manière intangible dans le paysage intérieur de Théodore.
– la séquence de présentation inaugurale de Catherine, convoquée dans un flash-back de souvenirs nocturnes par un Théodore mutique et désespéré, dont cette séquence constitue le contrepoint positif.
Cette séquence montre que si Theodore s’est ouvert au monde, il a aussi ouvert son imaginaire, produisant des images inédites ne relevant ni des souvenirs ni des images virtuelles (la starlette enceinte du début). Elle se termine sur les mots de Samantha : « Maintenant on sait aimer », ponctués par un mouvement de tête de Théodore vers le hors-champs comme pour manifester son acceptation du départ de Samantha sous l’auspice de possibles retrouvailles.


Montage parallèle

Le rôle réparateur de la rupture de Theodore avec Samantha est mis en scène au sein d’un montage parallèle qui témoigne de la capacité de Theodore à faire le deuil de sa relation avec Catherine pour initier une idylle avec Amy. Le titre Her du film pourrait à cet égard tout aussi bien renvoyer à Catherine, objet d’une obsession mortifère, à Samantha, compagne virtuelle ou à Amy, la confidente amicale. Le montage audio-visuel superpose ainsi la voix de Theodore exprimant sa gratitude et la permanence de son amour à Catherine dans une lettre inspirée par sa rupture avec Samantha , et la montée d* Amy et de Théodore sur le toit de l’immeuble. La forme de la séquence témoigne ainsi, par l’entremêlement de l’évocation des trois femmes, de l’apprentissage du renoncement mais aussi du retour au monde « réel » de Theodore à l’issue d’un itinéraire initiatique salvateur.
On remarquera que par un effet de clôture narrative significatif, le film se termine par une lettre dans laquelle Theodore exprime ses propres sentiments alors qu’il ne faisait que mettre son talent littéraire au service des sentiments des autres dans la première séquence du film.



La libération de Theodore

Theodore enlève son oreillette et va sonner chez sa voisine pour l’emmener avec lui, vêtu d’une chemise blanche comme pour exprimer la régénération du personnage. La montée vers le toit en contreplongée est un motif récurrent du film associé au sentiment de plénitude de Theodore : l’escapade à la montagne et la découverte de la plage au sortir du métro.
Le rapprochement avec cette voisine s’est fait progressivement dans le film et de nombreux éléments ont permis d’établir une relation entre eux : le jeu video (il y joue, elle en fabrique), la relation avec une IA (sa meilleure amie est une intelligence artificielle), la rupture avec son conjoint (elle quitte son compagnon Charles et ses idées new age). Cette fin boucle ainsi aussi le trajet de Theodore vis-à-vis d’Amy : il était indisponible pour elle au début du récit avant de venir la retrouver à la fin du film.
Tout autour du toit, des barrières métalliques sont allongées, comme un symbole d’une évolution du personnage qui n’est plus un homme enfermé dans sa solitude mélancolique mais un personnage ouvert sur le monde, une épaule sur laquelle on peut se reposer, comme en témoigne le dernier plan du film montrant l’aube d’une relation nouvelle sur le paysage de Los Angeles. Cette fin témoigne que Her, film d’anticipation et comédie romantique , est sans doute avant tout l’histoire d’une rupture et de sa réparation.