Fiche technique

Titre : Citizen Kane
États-Unis – 1941 – 1h59
Réalisation : Orson Welles
Scénario : Herman J. Mankiewicz et Orson Welles
Image : Gregg Toland
Musique : Bernard Herrmann

Interprétation
Orson Welles: Charles Foster Kane
Joseph Cotten : Jedediah Leland
Dorothy Comingore : Susan Alexander

Synopsis
Le milliardaire Charles Foster Kanes (Orson Welles), magnat de la presse, vient de mourir dans sa fabuleuse propriété en prononçant un denier mot : « Rosebud ».A partir de cet énigmatique indice, le reporter Thompson va tenter de reconstituer la vie de ce personnage si étrange. Pour parvenir à ses fins, il rencontre toutes les personnes qui ont pu approcher Kane de près ou de loin. Au fil de l’enquête, il découvre la vraie personnalité de ce milliardaire hors du commun…

PRÉPARATION DE LA SÉANCE

Orson Welles

Orson Welles (1915-1985) acquiert très jeune une grande célébrité aux Etats-Unis par ses pièces radiophoniques et notamment son adaptation retentissante de La Guerre des mondes (1938). Sollicité par la RKO, il obtient une totale liberté artistique pour son premier film, Citizen Kane (1941), que son style singulier impose immédiatement comme une œuvre novatrice. La structure du récit en flash-backs, l’usage du plan-séquence et de la profondeur de champ rompent en effet avec les conventions du récit hollywoodien. Le remaniement au montage de son film suivant, La Splendeur des Amberson (1942), marque le début de sa relation conflictuelle avec les studios au cours de sa carrière hollywoodienne, de La Dame de Shangaï (1947) à La Soif du Mal (1958). Réfugié en Europe, il réalise des films au budget plus modeste, notamment des adaptations de Shakespeare comme Othello (1951) et Falstaff (1965). Par son audace artistique, l’œuvre d’Orson Welles s’impose comme une contribution majeure à l’histoire du cinéma.

Ressources complémentaires
Blow up : C’était quoi, Orson Welles ?
Ciné-club de Caen : bio-filmographie d’Orson Welles

La satire des médias

Inspiré de la vie du magnat de la presse William Randolph Hearst, Citizen Kane dresse un portrait complexe de son personnage principal tout en proposant un regard critique sur le fonctionnement des médias. À la tête de l’Inquirer, Kane affiche d’abord son intransigeance journalistique au mépris de ses propres intérêts financiers, mais emporté par son ambition, il recourt au sensationnalisme pour manipuler l’opinion. Le parcours du patron de presse, évoqué dans le pastiche de séquences d’actualité News on the March, témoigne par ailleurs des errements politiques de Charles Foster Kane. Citizen Kane constitue à cet égard une satire des médias dominants à l’instar de nombreux films marquants du cinéma américain, notamment Le Gouffre aux chimères (Billy Wilder, 1951), Un homme dans la foule (Elia Kazan, 1957) et Network (Sidney Lumet, 1976)

Pistes d’observation

Un récit complexe
L’enquête menée par le journaliste sur le secret du grand magnat de la presse Charles Foster Kane est construite sur une succession de flash-backs correspondant aux témoignages de son entourage. Interpréter ce choix d’un récit fragmentaire.

Rosebud
Kane meurt au début du récit sur le mot énigmatique “Rosebud” (bouton de rose), tandis qu’il laisse tomber une boule à neige. Interpréter le sens de ce mot à la lumière du dernier plan du film.

Une mise en scène virtuose
Citizen Kane doit sa place importante dans l’histoire du cinéma l’inventivité de sa mise en scène. Relever des séquences qui témoignent de l’originalité du film.


ANALYSE DE CITIZEN KANE

Le récit dans Citizen Kane

L’efficacité du cinéma classique hollywoodien repose pour une large part sur la fluidité d’un récit linéaire, l’identification au personnage principal et une narration transparente favorisant l’immersion du spectateur dans la fiction. Dès le premier plan de Citizen Kane, Welles remet en question ces principes : la caméra, dotée d’un mouvement autonome, assume la narration de manière autoritaire au sein de l’univers énigmatique de Xanadu. L’enquêteur Thompson demeure par ailleurs dans l’ombre tout au long d’un récit-puzzle constitué de flash-backs enchâssés. La mise en scène de Welles affiche ainsi en permanence sa virtuosité au service d’un discours critique envers les contradictions de la société américaine. La modernité du film repose donc sur une rupture spectaculaire d’Orson Welles avec les conventions narrative du récit classique.

Question
Relever les éléments formels qui confèrent au prologue un caractère enigmatique.

Rosebud

Rosebud, le dernier mot de Kane, constitue le moteur du récit en motivant l’enquête du journaliste Thompson lancé dans la recherche de l’identité secrète du magnat de la presse. Une enquête infructueuse dont seul le spectateur aura la clé dans le dernier plan du film : une luge renvoyant à l’enfance insouciante dont Kane a brutalement été privé. Le ”bouton de rose” renvoie donc à un traumatisme fondateur pour le jeune Kane, dont toute la vie sera dictée par le besoin de compenser son désarroi affectif par une recherche éperdue de puissance, de célébrité et de richesse. Le destin du personnage est en cela exemplaire de la grande névrose américaine de l’opulence obligatoire comme critère de la réussite personnelle, dans ce film dont le premier projet de titre envisagé par Welles était « The American ».

Question
Comment la mise en scène de l’espace témoigne-t-elle de l’enfermement du jeune Kane dans la séquence ?

Plan-séquence et profondeur de champ dans Citizen Kane

Citizen Kane est resté célèbre pour son usage du plan-séquence avec grande profondeur de champ. Il s’agit de filmer une scène en un seul plan en disposant les éléments dramatiques (objets et personnages) dans la profondeur de l’image plutôt qu’en articulant leur intervention par le montage. Ce mode de mise en scène inscrit la dynamique des relations entre personnages dans la composition de l’espace et laisse une grande liberté au regard du spectateur. À la directivité du découpage classique qui implique affectivement le spectateur dans l’action des personnages, il substitue une approche distanciée qui sollicite son jugement sur la scène montrée dans sa globalité. Les séquences de la mise sous tutelle du jeune Kane et de la tentative de suicide de Susan s’inscrivent ainsi dans une demarche de mise en scène dramatique de l’espace.

Question
Les trois scènes qui présentent le calvaire de Susan sont organisées selon trois modalités différentes : découpage classique, séquence par épisodes et plan-séquence en profondeur de champ. Justifer ces choix du réalisateur.

Ressources complémentaires

  CNC : livret enseignant
  E-media : fiche pédagogique
  Ciné-club de Caen : Analyse du film
  RTS : Analyse du film
 Blow up : Quand le cinéma cite Orson Welles
 France Culture : débat sur Citizen Kane
 Forum des Images : Conférence de Youssef Ishagpour

Texte : Youri Deschamps | Coordination éditoriale : Renaud Prigent | Publication : Café des Images / Normandie Images